REPRESSION ... TF1 ... T'es pas FIN ...

Publié le par Assos Loi 19o1 YA BASTA

 

 
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Article à paraître dans CQFD n°28 (en kiosque le jeudi 17 novembre) - Publié ici même avec leur autorisation (Acrimed)


Le 26 octobre, le journal de TF1 diffusait un reportage sur la lutte contre le travail illégal à Toulouse. « C'est le terme d'une enquête d'au moins six mois, la dernière opération, celle qui devrait permettre de démanteler une filière d'emploi clandestin à Toulouse », annonce la voix off. À l'écran, une trentaine de flics écoute religieusement le patron de la Police aux frontières (PAF), en train de leur détailler le plan d'attaque sur un tableau. « Ce soir, la PAF cible un bar du quartier du Mirail, l'endroit servirait de filière de main d'ouvre au travail illégal et bon marché pour les entreprises de la région », reprend la voix off. Caméra à l'épaule, TF1 nous fait vivre la descente dans le bar, l'arrestation de dix-neuf personnes, dont beaucoup de Turcs, surpris en pleine partie de dominos. Les images s'enchaînent. Zoom sur les interrogatoires avec les interprètes et les policiers. « Ils viennent de mettre à jour un de ces réseaux clandestins qui se partagent un quart du marché du BTP à Toulouse », se félicite la voix off, qui ne précise pas pourquoi la même descente n'a pas eu lieu chez les patrons.

Le lendemain matin, neuf de ces « illégaux » passent devant le Tribunal de grande instance de Toulouse. Comme ils sont tous sans-papiers, il appartient au juge de décider s'ils doivent ou non être maintenus en rétention. Dans la salle, quelques proches et un envoyé spécial de CQFD, mais pas la moindre trace de TF1. Les quatre avocats, habitués de ce genre de dossiers, ne mâchent pas leurs mots. « Qu'est ce que c'est que cette procédure totalement inéquitable ? On orchestre une belle mise en scène, on en fait l'objet d'un commerce puisque le reportage est vendu à TF1, et l'on induit la décision finale en mettant l'opinion publique au cour du processus de décision », s'énerve l'un d'eux. « Si vous validez ce genre de pratique, il n'y aura plus aucun garde-fou, et cela signifie que dorénavant c'est le ministère de l'Intérieur qui fait directement la procédure », avertit un autre.

L'audience révélera surtout que les infos de TF1 étaient totalement bidon : la descente de police ne faisait nullement suite à « une enquête d'au moins six mois », et elle n'avait pas non plus pour but de « démanteler une filière d'emploi clandestin ». En fait, il ne s'agissait que d'une opération de routine visant à enrayer « l'augmentation des infractions d'atteinte aux biens personnels ». En clair : une banale chasse aux chapardeurs. Mais comme il y avait aussi du sans-papier à se mettre sous la dent, les flics ont profité de l'aubaine pour convier « en exclusivité » trois caméras de TF1, histoire de réaliser un de ces coups médiatiques dont raffole leur ministre. Manifestement, la très rigoureuse équipe du journal de PPDA ne s'est pas fait prier pour marcher dans la combine.

Heureusement pour les policiers, le juge ne s'est pas formalisé de leur manip'. Pas plus que la Cour d'appel de Toulouse, saisie quelques jours plus tard. Au final, sur les neuf pauvres bougres déférés au tribunal, sept seront effectivement reconduits à la frontière. Mais cette information-là n'a pas été diffusée sur TF1.

Éric Dourel

...Cool..

 


Publié dans JUSTICE

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