José Bové : Contribution au collectif national pour des candidatures unitaires en 2007 et 2008

Publié le par Spliff

 

Cher(e)s ami(e)s, cher(e)s camarades,

Ne pouvant malheureusement participer à la réunion du Collectif unitaire du 22 août, je tiens à apporter ma contribution à la discussion.

Plus d’un an après la victoire du non contre l’Europe libérale et quelques mois avant un cycle électoral dont l’enjeu principal est double - battre la droite et l’extrême droite et faire échec au social libéralisme - nous voilà confrontés à un choix stratégique essentiel : comment concrétiser, dans les urnes, l’unité d’un mouvement social engagé dans la lutte contre la mondialisation marchande et pour une politique de rupture avec le libéralisme économique ?

Cette unité, déjà inscrite dans l’Alternative unitaire et l’appel à des candidatures communes de la gauche anti-libérale en 2007 et 2008, a vocation non seulement à rassembler les organisations, courants, militant(e)s politiques, syndicaux, écologistes ou associatifs autour des échéances électorales présidentielle, législatives, municipales et cantonales qui nous attendent, mais aussi à dépasser nos différences pour construire une force capable d’imposer une véritable alternative politique et pas une simple alternance institutionnelle face à la logique libérale.

Je pense que les conditions sont réunies pour redonner espoir, dans les urnes comme dans les luttes, à toutes celles et ceux qui sont les plus exposés aux coups de la politique antisociale de la droite et qui ont été les plus déçus par l’expérience de la gauche plurielle. Nous sommes à la fois forts, proches et lucides.

Nous sommes forts. Nous pouvons nous appuyer sur la puissante mobilisation contre le projet de Constitution européenne qui a démontré que, sur des enjeux clairs, nous savions construire la dynamique unitaire et nous pouvions même la conduire à la victoire. Laissons les commentateurs désabusés gloser sur la soi disante impuissance des « nonistes ». Laissons les réflexes bureaucratiques agiter les patriotismes de parti. Jamais, depuis trente ans, le contexte n’a été aussi favorable au rassemblement des forces anti-libérales.

Nous sommes proches. Nous avons vérifié, au fil de l’année écoulée, que nous portions un même projet politique : la charte pour une alternative au libéralisme, adoptée le 13 mai dernier par la réunion national des collectifs du 29 mai 2005, en témoigne. Sur les principales questions en débat, nos convergences l’emportent de beaucoup sur nos divergences. Pour ma part, je pense que, s’agissant de l’Europe, la perspective démocratique et sociale passe nécessairement par la convocation d’une Constituante et que, sur les questions économiques internationales, il faut construire un nouveau multilatéralisme qui se substitue aux règles actuelles de l’OMC.

Nous sommes lucides. Nous avons l’expérience des combats électoraux. Nous savons que le potentiel de la gauche anti-libérale rassemblée, si l’on tient compte de ses différentes composantes, peut se situer à un niveau qui change durablement la donne à gauche. En choisissant d’additionner plutôt que de disperser nos voix, nous pouvons réellement construire une force capable d’imposer une alternative politique à la fois à la droite et aux tenants du social libéralisme.

Voilà pourquoi je souhaite vous faire un certain nombre de propositions qui me paraissent essentielles pour entraîner la dynamique unitaire et clarifier l’engagement de tous - partis, courants, mouvements, militants - qui s’inscrivent dans la démarche de l’Alternative unitaire.

1. Je suis d’accord avec Marie-George Buffet pour constituer un collectif de porte-parole de quelques membres. Mais pour éviter que nous en restions à un simple affichage symbolique, je suggère que ce collectif soit investi dès notre réunion nationale du 10 septembre et prenne en charge la pré-campagne. Nous démontrerions ainsi dans les faits que, face à la logique de personnalisation et de surmédiatisation d’une élection présidentielle, nous sommes capables d’engager une campagne à la voix plurielle.

2. Je pense que l’appel du Collectif national à constituer rapidement des collectifs locaux dans toutes les circonscriptions et villes importantes où ce n’est pas encore le cas pourrait être complété par un appel à engager rapidement des contacts avec les élus dans la perspective de la collecte des 500 signatures nécessaires à notre candidature unitaire pour la présidentielle.

3. Je suis partisan d’engager dès le 10 septembre la discussion sur le mode de désignation des candidat(e)s unitaires aux législatives, municipales et cantonales. Notre objectif est évidemment de parvenir à la désignation d’un(e) seul(e) candidat(e) ou d’une seule liste lors de ces échéances.

4. S’agissant de notre candidat(e) à l’élection présidentielle, donnons la parole à l’ensemble des collectifs, d’ici la fin de l’année, pour choisir le meilleur profil. Je maintiens, à titre personnel, que le ou la candidate la mieux à même de symboliser notre unité ne peut pas être le ou la porte-parole d’un parti.

5. Enfin, je souhaite que nous poursuivions activement la discussion politique sur notre programme et sur notre stratégie de rassemblement des forces anti-libérales. Je pense notamment qu’un certain nombre de sujets peuvent être clarifiées avec des forces politiques qui, par rapport à notre volonté unitaire, soit s’inscrivent dans une logique de division, soit expriment de manière autonome et parallèle des démarches ambiguës par rapport au texte fondateur de l’Alternative unitaire.

Cher(e) ami(e)s, cher(e)s camarades, le temps pressse ! Nous avons une responsabilité particulière, après le 29 mai, à ne pas désespérer toutes celles et tous ceux qui ont dit « non » à la logique libérale. C’est pourquoi je veux vous faire partager toute ma conviction et toute mon énergie à participer, dans un cadre collectif et unitaire, aux batailles politiques des prochains mois.

Amicalement et fraternellement,

José Bové

Source : ALTERMONDE

Publié dans FRANCE

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