Iran: les faucons de Washington s'activent

Publié le par E.L, etc ...

Richard Hétu La Presse ( Collaboration spéciale New York )

Au lendemain de la réponse ambiguë de l'Iran sur son programme nucléaire, les tenants de la ligne dure contre le régime islamique sont passés à l'action à Washington.

Au Pentagone, un général a tenu une conférence de presse, où il a fait état de «preuves évidentes» que l'Iran finance, entraîne et arme des extrémistes chiites pour déstabiliser l'Irak.

Au Congrès, au même moment, des parlementaires républicains ont publié un rapport accusant le renseignement américain de sous-estimer la menace que pose l'Iran.

Le document s'intitule Voir l'Iran comme une menace stratégique. Selon le New York Times, il représente le point de vue de ceux qui, à la Maison-Blanche et au Pentagone, ont voulu la guerre en Irak.

Autrement dit, le vice-président Dick Cheney et le secrétaire d'État à la Défense Donald Rumsfeld viennent de faire entendre leur voix dans le débat sur la menace iranienne, qui ressemble à s'y méprendre à celui qui a précédé l'intervention américaine en Irak.

La bête noire de l'administration Bush et de ses alliés républicains n'est plus Saddam Hussein, mais Mahmoud Ahmadinejad, dont la photo orne la première page du rapport parlementaire.

On voit le président iranien derrière un lutrin décoré par une affiche souhaitant un «monde sans sionisme».

À la troisième page, le rapport rappelle trois citations du président iranien, la première appelant à un «monde sans les États-Unis et le sionisme», la deuxième niant l'Holocauste et la troisième annonçant «officiellement que l'Iran a joint les pays dotés de la technologie nucléaire».

La république islamique n'a pas encore une arme nucléaire, mais son enrichissement d'uranium alarme la communauté internationale.

De la découle l'offre de coopération des grandes puissances (Allemagne, Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie) visant à convaincre le régime islamique de suspendre son enrichissement.

Le Conseil de sécurité de l'ONU avait donné à l'Iran jusqu'au 31 août pour donner sa réponse à cette offre. Mardi, Téhéran a fourni une réponse jugée insuffisante par les États-Unis, la France et l'Allemagne.

«Cela doit être corrigé», a déclaré hier la chancelière allemande Angela Merkel, souhaitant que cela se produise «dans les prochains jours».


Mesures contraignantes


Faute de quoi le Conseil de sécurité envisagera des mesures pour contraindre l'Iran à suspendre son programme. Comme l'Iran ne montre aucune intention de suspendre son enrichissement d'uranium, les États-Unis préparent déjà la prochaine bataille diplomatique à l'ONU.

Et la page éditoriale du Washington Post remonte au front, suivant la ligne dure de l'administration Bush dans un autre dossier explosif.

«En envoyant des signaux contradictoires sur ses intentions, l'Iran a divisé ses détracteurs et évité des sanctions, tout en continuant ses efforts pour accumuler de l'uranium enrichi. La question est de savoir maintenant si le monde permettra d'être manipulé à nouveau», a écrit le quotidien de Washington hier.

L'ambassadeur américain à l'ONU, John Bolton, jouera un rôle clé dans la nouvelle bataille onusienne. Au cours du premier mandat de George W. Bush, il était chargé du dossier iranien au département d'État.


Nouveau rapport


C'est d'ailleurs un de ses anciens assistants, Frederick Fleitz, qui a écrit le nouveau rapport parlementaire sur la menace iranienne.

Ce rapport reproche notamment au renseignement américain de très mal connaître le programme nucléaire de l'Iran.

Il accuse en outre le régime islamique de déstabiliser l'Irak et d'encourager le terrorisme par le biais du Hezbollah, du Hamas et autres organisations extrémistes.

«Un Iran doté de l'arme nucléaire exacerberait les tensions régionales, note le rapport du Congrès. Israël aurait du mal à vivre avec un Iran doté d'une arme nucléaire et pourrait prendre des mesures militaires contre les installations nucléaires iraniennes.»

À en juger par sa réponse aux grandes puissances, l'Iran semble décidé à affronter la perspective de sanctions. Les États-Unis voudront sans doute proposer des sanctions fortes, mais ils devront convaincre des pays comme la Russie et la Chine, qui ont des intérêts économiques importants dans la république islamique.

En attendant, Washington hausse le ton contre Téhéran, où le président iranien doit tenir une conférence de presse la semaine prochaine. Selon la presse iranienne, il devrait annoncer la «naissance nucléaire» de son pays.

Publié dans Les AMERIQUES du NORD

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