Infos du Monde ... De Gérard Perreau-Bezouille

Publié le par E.L, etc ...

En réponse à un billet sur "  La position du PCF sur l’avenir des collectifs antilibéraux "

J’ai hâte de retrouver ce mouvement collectif qui nous construisait… Gérard Perreau-Bezouille

12 janvier 2006

Si nous sommes d’accord que le poids des mots, que nous avons utilisés pendant la précampagne pour une candidature unitaire antilibérale, traduit ce que nous étions en train de construire, il faut s’y attarder un instant avant de (re)commencer à (re)construire de l’en-commun, juste avant de retourner ensemble dans les luttes contre le chômage, les désastres écologiques, le manque insupportable de logements, le saccage du service public… autant de chantiers de mobilisations qui ne font que s’alourdir.

Nous avons décidé de créer des « collectifs », non des comités, non des sections, mais bien des collectifs. En ce sens, ils supposaient que la démarche de rassemblement ne se dilue pas dans une homogénéisation des points de vue, mais soit bien une prise en considération continuelle des spécificités des parcours, des sensibilités, des générations de chacun, pour permettre un « élargissement » incessant.

Ces collectifs étaient des collectifs « locaux » qui avaient leur propre archéologie. Autogérés, ils avaient une autonomie de prises de positions et de propositions à chaque étape du « processus », en cela, ils ont pu construire une charte, avec l’idée qu’elle ne devait jamais cesser de s’enrichir.

Pour fonctionner ensemble, l’outil fondamental que nous avions tous (oui, tous) décidé d’utiliser était le « consensus ». Et même le « double consensus » local-national. D’une part, cela permettait de lutter très efficacement contre la prise de décisions d’en haut et de favoriser des allers-retours qui ont, par exemple, été très fertiles lors de la construction du programme. D’autre part, il s’agissait d’assoir le processus d’élargissement jusqu’à briser la notion de « parti guide » : habituellement, une fois qu’il s’est mis d’accord avec lui-même, il dit aux citoyens la bonne parole, ou, variante au goût du jour, il autorise les acteurs qui le veulent à « se saisir » de la candidature pour porter une action, une ambition, une idée, une lutte. Le collectif national unitaire était, à contrario, plus un accélérateur qu’un habituel collectif de campagne et certainement pas une direction de campagne. Dans d’autres échéances sur d’autres échelles (un processus constituant européen, une guerre, la dette…), une articulation local-global pouvait émerger et être opérationnelle. Le consensus était un puissant moyen de re-construire un espace politique inédit et extrêmement puissant.

Au-delà de commencer à rassembler des citoyens très divers, notre recherche d’élargissement était « populaire », non pas parce qu’elle s’appuie sur des collectifs locaux qui ne mettaient en mouvement qu’insuffisamment (et nous le regrettons tous) les couches populaires, mais parce qu’elle substituait à la démarche populiste du programme-guide, une démarche participative concrète. Comme pour la campagne contre le TCE, le citoyen n’était plus un « crâne à bourrer » mais une énergie à re-considérer.

La pratique du « consensus », utilisée largement dans les rassemblements mouvementistes très ouverts, demande à franchir une étape difficile : prendre en considération ce qui politiquement est à prendre en considération dans les propos, pourtant contradictoires, de l’autre. Il n’est donc jamais question de camps qui s’affrontent, d’écuries qui se préparent à négocier un « programme commun », mais de sensibilités politiques et structurelles qui ont la volonté de se rencontrer. La direction de la LCR, « observatrice », ne pouvait d’emblée pas être de cette démarche. La direction du PCF, en affirmant brutalement que les collectifs locaux avaient voté majoritairement pour sa secrétaire générale et que les organisations bloquaient le consensus, n’a pas fait que masquer les enjeux à ses adhérents, en recréant des camps qui commençaient à être transcendés, elle a consciencieusement cassé les outils d’en-commun que nous étions en train d’expérimenter, elle a brisé la démarche d’élargissement dont les meetings commençaient fermement à témoigner.

En se refermant, une fois de plus, sur elle-même, elle est aujourd’hui en train d’évacuer ceux pour qui l’élargissement avait un grand sens politique : comme à chaque phase, inexorablement, ils rendent leur carte, leurs abonnements à ce qui les liaient encore à cet outil antilibéral qu’était, parmi tant d’autres, le PCF. Il en est de même pour une partie des Verts et de la LCR.

Parce qu’elle illustre des moments où des « parties/parti se mettent d’accord », parce qu’elle gomme ce qui est divers, pluriel, multiple, en termes de mouvement de pensée, de logique, de culture, d’histoire, d’organisation, et parce que ce qui est « unitaire » est pas mal connoté dans l’histoire du mouvement ouvrier et syndical jusqu’à récemment, le mot « unitaire » s’éloignait de la dynamique, de la règle du « double consensus ». Cette logique ne peut être qu’une phase ponctuelle, sur une lutte précise, un combat définie dans le temps. Une élection présidentielle par exemple. Mais nous étions (nous sommes toujours) en train de construire quelque chose qui va bien au-delà d’un rassemblement ponctuel.

Nous avions également décidé que nous nous donnions comme point commun d’être des « anti-libéraux ». Nous aurions pu, en considérant que le capitalisme était maintenant mondialisé et donc qu’il avait depuis un bon moment déjà pris un tout autre visage, décider d’être anti-néo-libéraux. Mais combien de fois avons-nous entendu, « anti » toujours contre, front du refus, rassemblement des « non »… Une part de l’attractivité, de la productivité, du potentiel du rassemblement se joue dans notre capacité à montrer que nous voulons construire, pas seulement nous opposer, pas seulement résister, mais travailler un autre monde possible. C’est ainsi que les antimondialistes ont depuis bien longtemps travaillé à des propositions altermondialistes. Si nous étions pleinement entrés dans la construction effective du consensus, nous aurions enfin pu commencer à créer du « neuf à gauche » et bien au-delà ce qui nous avait poussé à nous rassembler pour dire non à la constitution européenne. Il n’était donc plus question de clivages entre une gauche contestataire et une gauche de gouvernement, mais bien de se réapproprier, avec force, légitimité et contenu, le mot « gauche », une gauche de gauche.

Enfin, les événements récents l’ont démontré s’il le fallait encore, le mot « communisme », déjà bien ébranlé par une histoire confuse, ne peut plus répondre à ce sens nouveau. Trop souvent, la façon dont l’« identité » est manipulée m’inquiète : facteur d’enfermement, de légitimité inébranlable, de lignes à suivre, de logique l’appareil, de repli sur soi, de refus de l’autre, des autres. Il précède des actes de domination, de paternalismes éculés dont nous venons encore de faire l’expérience. Au fil du temps, ce sont autant de réflexes qui ont vidé de son sens premier le mot communisme. Mais le communisme a mis en mouvement, le communisme se veut transformation politique. La force communiste vivante, dans sa diversité, est partie prenante du processus en cours : à l’opposé de toute nostalgie, cette identité là, forgée dans ces valeurs, nourrie de ces femmes et hommes comme des aspirations à un espace commun de droits et de libertés, participe pleinement à la création du nouveau, dans la confrontation au réel et à ses mutations.

La direction du PCF en détourne la puissance : il habille la campagne en solo de sa candidate. Pour un temps, elle quitte la responsabilité suprême dans son Parti, elle se veut candidate de « gauche populaire et antilibérale »… mais, pour mieux y retourner, l’élection passée.

Pourtant, en rupture avec un communisme recroquevillé sur lui-même, au-delà d’un mouvement « contre », ce projet, cette perspective, ce rassemblement sont post-communistes, ont dépassé la notion d’anti-libéralisme. Ils n’existent qu’en phase avec la dynamique qui se met en œuvre, avec la nécessité de sa propre symbolique - ses outils, son logo, ses couleurs…-, en écho au sens. Je reste persuadé que ce qui caractérise le mieux tout cela, à ce stade, est « alternatif ».

Ne sommes-nous pas, déjà, les embryons de "La gauche, alternative et populaire" ?

 

Publié dans Elections Françaises

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