Infos du Monde ... De Michel Onfray

Publié le par Des Electrons Libres

http://michelonfray.blogs.nouvelobs.com/

Un éléctron Libre à sa maniere ... Avec une analyse et un constat qui fonrt souvent mouche ... Ne sachant si ces articles resteront en ligne, nous nous permettons ( à juste titre ) de vous en faire un Copier/Coller

Fraternelement votre Mister Onfray .

Des Electrons Libres

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Juste avant les jeux du cirque.          Vendredi 20 avril 2007, 16h00.  Lien permanent

La campagne officielle se termine. Les élections présidentielles sont donc finies. Dans quelques temps, nous aurons, comme prévu, un président, ou une présidente de la République libéral et, fors, le style, les choses continueront comme avant. De fait, sauf exception notable, José Bové ne sera pas présent au second tour, ni Arlette Laguiller. Si Le Pen s’y trouve, cela signifiera que l’autre candidat en lice sera élu au second tour dès le premier. Tablons donc sur Sarkozy, Royal ou Bayrou. Tiercé probable, ordre improbable. Or Nicolas, Ségolène et François, tous trois électeurs et militants du « Oui » au référendum que nous savons, reprendront le bâton de maréchal laissé par Chirac, ouiste lui aussi, qui le tenait d’un autre ouiste, Mitterrand, Grand Ouiste en Chef et patron de tous ces rejetons.
Grande perdante de ces élections, la gauche antilibérale dont le spectacle aura été pitoyable de bout en bout… Dernières nouvelles en date, José Bové veut bien, désormais, de l’alliance qu’il avait refusée il y a quelques jours à Olivier Besancenot, après avoir fait savoir, avant de se décider au combat in extremis, qu’il ne partirait pas pour une candidature de plus, puis de faire, comme les autres, une campagne autocentrée et méprisante pour les victimes du libéralisme qui seront les véritables laissées pour compte de ces minables combats de personnes. Car les « programmes », appelons ça comme ça faute de mieux, se distinguent à peine chez les cinq clients antilibéraux.
Avant-hier, hier, aujourd’hui, demain, après demain, une fois élu le chef d’Etat libéral, des hommes et des femmes coucheront encore sous les ponts, mourront de froid ; certains ne dîneront pas à leur faim ; leurs enfants demanderont à manger et les frigidaires seront vides ; des ouvriers se pendront dans leurs usines, leurs veuves resteront seules, misérables, endettées, avec leurs enfants en bas âge devant le cercueil de celui qui se sera passé une corde au cou et aura laissé une lettre expliquant qu’il n’en peut plus de cette vie d’esclave post-moderne ; des salariés verront leur entreprise fermées le petit matin où ils viendront reprendre leur travail ; en regardant par la fenêtre, ils découvriront que les patrons voyous ont fait déménager les machines dans la nuit pour les transférer au Portugal ; des femmes ne diront rien à leur mari, et profiteront de l’absence de leurs enfants partis à l’école pour chercher sur internet un homme en quête d’objet sexuel qui leur laissera en partant un billet de cinquante euros avec lequel elles achèteront à manger : ce soir-là , dans la cuisine, on mangera de la viande humaine ; elles pleureront toutes les larmes de leurs corps, en silence, sanglotant loin du monde, sans confident, sans confidente, violées mais contraintes à subir sans broncher, ni récriminer, par la pauvreté que leur inflige le système libéral ; des jeunes filles et des jeunes garçons renonceront aux études qu’ils escomptaient faire parce qu’ils n’auront pas les moyens de s’acquitter des frais d’inscription ou de payer le loyer d’un minuscule studio dans une ville universitaire, ni même de se nourrir faute de parents assez riches ; des personnes s’endetteront et contracteront un prêt dans une banque qui annoncera ses tarifs sans broncher afin de pouvoir payer un cercueil correct et un enterrement décent à leur père ou mère, grand père ou grand-mère ; on verra même un jeune homme creuser la fosse pour ensevelir son père dans le cimetière de son village afin d’alléger l’addition pendant que Noël Forgeard pourrait s’offrir tous les magasins français de Pompes Funèbres avec des indemnités versées pour le remercier d’avoir mis une entreprise sur la paille et des milliers d’ouvriers au chômage; des anonymes entreront dans une pharmacie et présenteront leur ordonnance renouvelée depuis des années pour acheter leurs anxiolytiques, leurs antidépresseurs, leurs somnifères, ils rentreront chez eux, ouvriront une bouteille de vin, regarderont la télévision en mangeant ; hagards , ils ne parleront ni à leur conjoint, ni à leurs enfants ; sur l’écran, on verra Nicolas Sarkozy, nouveau président de la république, annoncer qu’il faut travailler plus et plus longtemps, et plus dur, partir à la retraite bien plus tard, afin de pouvoir engraisser les riches insuffisamment gavés d’or, il parlera alors de « moderniser la France » ; des jeunes filles accepteront un mariage dans lequel l’amour comptera pour peu, elles feront semblant, mais on ne leur aura proposé aucun autre ascenseur social ; des enfants n’auront pas de lunettes, leurs parents cacheront leurs dents en mauvais état, la famille diminuera son espérance de vie car elle n’aura pas les moyens de consulter des médecins, des dentistes, des ophtalmologistes que droite et gauche autorisent à pratiquer le dépassement d’honoraires - quand elle ne leur permet pas d’utiliser les infrastructures publiques pour empocher des bénéfices bien privés ; des enfants tourneront le dos au savoir, à la culture, à l’intelligence, parce que l’école les en aura dégoûté, ils riront du bon élève, « l’intello », « le pédé », « le fayot », ils feront une moue de dégoût devant les livres et s’enorgueilliront de n’avoir jamais mis les pieds dans une bibliothèque ; les mêmes n’auront d’yeux que pour les footballeurs et les tarés de la Star Académie – qu’aime tant Laurent Fabius…- ces minables qui , grâce à la télévision libérale, incarnent l’horizon indépassable de leurs infime poignée de neurones ; apathiques, résignés, fatalistes, ils reverront sans haine le visage de ceux qui leur auront promis monts et merveilles pendant la campagne et qui, devenus ministres, premiers ministres, politiciens professionnels, continueront à séduire, parler, circonscrire, mentir, tout en appuyant sur l’accélérateur libéral ; l’opposition (libérale) fustigera la majorité politique (libérale) et, lors de la prochaine alternance ( libérale) , les opposants ( libéraux) devenus majoritaires ( libéraux) feront de même ; Le Pen et ses idées augmenteront, les bien pensants vociféreront : « le fascisme ne passera pas », BHL rédigera un Bloc-notes, et ses amis libéraux rajouteront une couche bréneuse de leur politique qui constitue un excellent fumier pour les fleurs vénéneuses du front National …
Je pourrais ainsi continuer longtemps ce portrait de la France méprisée, oubliée, négligée par les libéraux, certes, mais aussi par cette gauche anti-libérale qui a été bien plus soucieuse d’elle (logiques de partis, stratégies d’appareils, jeux de personnes, désir de leadership, foire égotiste et narcissique …) que des victimes du marché faisant la loi. En ce sens leur spectacle pitoyable, leur refus de forger une arme de combat efficace, a fait le jeu d’un Parti Socialiste qui n’a pas eu besoin d’aller chercher des voix de ce côté de l’échiquier et qui, dès lors, a dragué sur les terres de la droite – ordre juste et Marseillaise, drapeaux tricolores à domicile et encadrement militaire des « sauvageons », valeur-travail et valeur-famille à quoi il faut ajouter valeur-patrie… - ou du centre, au point que Bayrou a incarné magnifiquement le retour du refoulé de cette gauche de droite qui gouverne depuis 1983. Triomphe de Michel Rocard ! Donc de Mitterrand … Ultime coup de Jarnac des dévots du marché.
Devant l’étendue de ce gâchis, malheureusement, je vais donc voter contre : une fois contre le libéralisme dimanche prochain, une autre fois contre le libéralisme de droite- si la configuration le permet...- dimanche 6 mai. Mais ni l’un ni l’autre de ces deux votes ne me réjouit. C’est dégoûté, écoeuré, nauséeux que je vois cette consultation électorale s’approcher. Si peu d’idées, tellement de vent ! Tellement d’images ! Tellement de papier journal noirci ! Tellement de salive dépensée à la radio, à la télé ! Tellement de tracts et de prospectus ! A cette heure, je pense à Pierre Bourdieu et à son très grand livre La misère du monde.
Dans ce travail inexploité, il y avait pour une gauche radicale ( forte en éthique de conviction, mais pauvre en éthique de responsabilité utile pour infléchir vraiment le cours de la vie des victimes du libéralisme) et pour une gauche gouvernementale, ( faible en éthique de conviction, car tout entière vendue à l’éthique de responsabilité, - chez elle, l’autre nom du cynisme) , l’occasion d’une rencontre bien en amont pour un travail commun. Elle n’a pas eu lieu. Si elle n’a pas lieu bientôt, la rue fera la loi. Et là, le chef de l’Etat sécuritaire qui défendra le libéralisme depuis l’Elysée aura fort à faire. Les vendeurs de gaz lacrymogène vont faire fortune… Camarades libéraux, un conseil : achetez des actions chez nos amis gaziers !

Le bal des faux culs.      Dimanche soir, 22h45/ 00h45  Lien permanent

Voilà, les résultats du premier tour sont désormais connus. Sarkozy a pompé le Front national jusqu’à la moelle, la preuve, on n’a pas entendu le Duce du Front National débiter ce soir ses philippiques à la télévision sur quelque chaîne que ce soit. Or, habituellement, ses saillies coupent brutalement la parole à celui qui débite ses sornettes pour laisser passer les siennes en priorité. Leçon essentielle, majeure, prioritaire : le bipartisme triomphe, les affidés de la télévision d’Etat retrouvent leurs marques, les professeurs à Science Po respirent, les chroniqueurs appointés par le système peuvent dormir tranquille – de July à Duhamel en passant par Ockrent et Apathie. La droite est au deuxième tour, la gauche de droite aussi, dormez bonnes gens… Le prochain président de la république est un ouiste pur jus. Ouf !
La gauche antilibérale collectionne les miettes. Bravo : les pauvres peuvent crever, les ouvriers stresser, les pauvres baver, les chômeurs danser devant le buffet – pas Marie Georges, l’autre…-, les SDF grelotter, les précaires trembler, les miséreux, les sans grades, les sans rien du tout, les ouvriers et les prolétaires compter leurs abatis, on va bientôt leur faire la peau en toute discrétion. Les OGM de Bové, le « Mastrique » de Schivari, les « travailleuses, travailleurs » d’Arlette, la gauche « antilibérale et populaire » du Parti Communiste et autres slogans dignes du petit cerveau de Séguéla n’auront pas suffit à refaire un grand soir. Sarkozy fait la course en tête et a déshabillé Le Pen. Il est désormais revêtu de l’uniforme politique du para borgne à moitié nu. Du moins avec ce que Ségolène ( valeur-travail, valeur-famille, valeur-patrie) lui aura laissé alors qu’elle s’exhibe drapée dans un drapeau bleu/blanc/rouge et qu’elle se déhanche sur un rythme de rap…
Sur les plateaux de télévision, les faces de rats de Bernard Tapie (menteur, voleur, tricheur, hâbleur, faussaire, escroc, pour tout dire mitterrandien passé au sarkozysme), de DSK (qui cache mal un sourire de satisfaction devant la performance médiocre de toute la gauche, donc devant son avenir ouvert pour les prochaines présidentielles…), de Laurent Fabius (qui cite Jaurès, avec la même conviction que Sarkozy…), de Montebourg, Lang, Rebsamen ( des apparatchiks prêts à vendre leur logorrhée au prochain socialisant le plus offrant), de Voynet ( disposée à monnayer les picaillons de son score de lilliputienne pour une assiette de lentilles ministérielles), ces faces de rat, donc, se partagent le temps de parole . Débats de professionnels de la politique. Les français s’en moquent…
Lors de son intervention nationale et télévisée, Bayrou n’a rien dit. Normal, il est dans son rôle. Ni de droite, ni de gauche, il joue son avenir. Donc il ne peut penser seul. Il lui faut réunir son aréopage demain et voir ce qui lui sera le plus favorable. Depuis deux ou trois ans, cet homme joue son avenir et, pour ce faire, prend la France et les français en otage : il est prêt à sacrifier les lieux communs qui lui servaient d’idées avant, ses slogans anciens, son électorat, son état major et tout ce que l’on voudra. Il sait qu’il est ce soir le plus convoité des perdants. Jour de gloire pour le chrétien modeste…
Le Pen est bas, il compte donc pour zéro ; la gauche antilibérale est plus bas que bas : elle compte pour moins que zéro ; le PCF est encore plus bas que plus bas que bas : il est mort, et personne au parti Socialiste ne s’enquiert d’un rendez vous ; Voynet irradie autant qu’un déchet nucléaire du paléolithique : on se détourne donc sur son passage ; en revanche, Bayrou est un grand petit, donc un important supplétif : chez les arrières petits enfants très pâles de Jaurès on doit à cette heure discuter, parlementer, monnayer : combien coûte le béarnais ? Probablement pas cher.
Déjà DSK, Kouchner (pour une fois sans sac de riz), Rocard (sûrement au lit à cette heure), et les mânes de Bérégovoy (toujours actives un soir de premier tour des présidentielles), complices de celles de Mauroy (patelin, mais rallié tout de même aux libéraux, malgré son casque de mineur sur son bureau, pour la frime…), apportent leur soutien : « lâchez la gauche de la gauche » disent-ils. Et ils ont raison : elle ne pèse rien. « Et ralliez vous au centre », ils ont raison, il pèse tant. Bayrou qui était à la messe ce dimanche matin se remet du stress de l’eucharistie, il réfléchit, autrement dit, il compte les voix et extrapole. « La gauche antilibérale a été nulle, elle n’est donc rien : pourquoi louchez vers elle ? ». Dès lors, la gauche gouvernementale se détourne d’elle et lorgne vers le centre droit.
Ce mariage de raison ne produira pas de beaux enfants. Sarkozy a ratissé large : de l’extrême droite au centre, il a des réserves – de Le Pen à Bayrou en passant par de Villiers, il dispose d’un (gros) réservoir. Royal a fait le plein, et, en plus, elle ne dispose pas de réserve. Tétanisés par le souvenir de la dernière présidentielle, tous ceux qui, habituellement, votent plus à gauche, ou dans une autre gauche, se sont ralliés à son panache tiède et à son minois pâle. Qui, en plus ou venu d’ailleurs, se ralliera au deuxième tour ?
Devant les journalistes motorisés, Sarkozy pouvait donc bien faire ce soir son Chirac, avec un mètre de moins, dans une voiture qui n’est pas une CX, ce qui fera la seule différence avec un Père qu’il s’évertue à tuer depuis des années . Il triomphe : le pouce dressé ou le « V » de la victoire exhibé face aux caméras de télévisions qui relayent, les vitres (fumées) baissées de son véhicule blindé. Les directeurs de chaînes, ses amis intimes, regardent sur l’écran de contrôle. Pendant ce temps, Ségolène doit boire avec Julien Dray un mousseux tiède, Montebourg grignoter des cacahouètes. Simultanément, François Hollande est dans le train de deuxième classe qui rentre à Tulle et arrivera demain matin. Sarkozy défilera bientôt sur les Champs Elysées. Jaurès, Blum, De Gaulle et Guy Môcquet seront donc bientôt à l’Elysée… Réjouissons nous !
J’espère qu’à cette heure José Bové boit une bière avec houblon sans OGM , Arlette de l’eau minérale, Schivari un rosé du sud-ouest , Olivier un gros rouge qui tache , Marie Georges une vodka bien frappée, car les pauvres auront été les cocus de l’ histoire, comme toujours. Ce soir, cette nuit, je songe à mon petit frère ouvrier dans une carrière. A cette heure tardive de la nuit, il doit dormir. Dans une poignée d’heures, il repartira au travail. Ces élections auront été pour lui comme pour tant d’autres français pauvres une farce de plus. Une farce brutale. Je voudrais le remercier de n’avoir jamais voté Le Pen ou, lui le chasseur, « Chasse, Pêche, Nature et Tradition », mais de voter pour une gauche radicale qui, s’il se soucie d’elle, ne se soucie guère de lui. Et de ses compagnons d’infortune.

Ségolène Bayrou & François Royal.    Jeudi 26 avril 2007.  Lien permanent



Bayrou a donc gagné les élections. Voilà le centre en passe de faire le prochain président de la République. Le troisième homme devient donc le premier ; la seconde, autrement dit la première femme, tient la place du troisième homme ; le premier, à savoir Nicolas Sarkozy , trépigne, piétine et morigène : on lui vole le leadership , un tiers se met entre lui et lui, autrement dit, un vieux copain de sérail le prive du devant de la scène ! Bayrou est un homme de droite qui n’aime pas l’autre candidat de droite, son double. Pour éviter d’en faire une affaire personnelle, pour éviter également de laisser croire qu’il agit en fonction de sa petite personne qu’il imagine en futur président dans cinq ans, Bayrou laisse croire que la France l’intéresse, que la Nation le préoccupe, que le destin de la République l’empêche de dormir… Ce qui est nouveau pour ce très ancien dévot de l’Europe.
Le Béarnais n’a pas le souci de sa propre carrière, non, bien sûr, il aime trop la France, un mot nouveau dans sa bouche tellement formatée par la religion européenne dont il fut jusqu’à avant hier le dévot le plus ardent. Désormais, il chérit l’histoire d’un Peuple dont il y a peu il se souciait comme d’une guigne. Bayrou n’aime ni la France ni les français , ni la Nation ni la République, il n’aime que lui. En bon chrétien , il est un faux modeste, un orgueilleux qui cache sa suffisance sous les oripeaux de l’homme providentiel motivé par le seul le destin de son pays… Faux Henri IV, véritable Ravaillac d’un peuple pris en otage, il veut non pas le salut de la France, mais travaille au caractère incontournable de sa petite personne de tout de suite à 2012. Il prend date. Et, pour l’instant, ça marche.
Ségolène Royal, qui ne se soucie que de son ego, et se moque du socialisme comme d’une guigne , veut bien d’un mariage avec la droite, elle est célibataire ici comme ailleurs … Et puis la droite de (François) Bayrou et la gauche de (François) Mitterrand ne sont pas l’eau et le feu… Ce qui motive l’impétrante ? Le poste ! Le fauteuil ! La fonction ! Le pouvoir ! La France, le Peuple, l’électorat de gauche, la misère des miséreux, la pauvreté des pauvres, le désespoir de la classe ouvrière, les suicides sur le lieu de travail, le désespoir des ouvriers découvrant les délocalisations de leurs usines en Chine, allons donc… Le socialisme ? Et puis quoi encore ? Dès lors, passons par dessus bord les idées de la gauche, la tradition historique d’un Parti, et traitons Jaurès et Blum par dessus la jambe, comme Sarkozy… L’Elysée vaut bien une messe – centriste.
Je souhaitais une gauche antilibérale unie pour faire pencher la gauche gouvernementale vers elle, non par militantisme trotskyste, communiste ou alter mondialiste, mais par souci pragmatique d’un rapport de force favorable aux idéaux socialistes, les vrais… La gauche radicale fut désunie, potache, égotiste, infantile, narcissique et, pour tout dire, compagnon de route de la droite – ou du kapital pour parler son langage… Elle fut pure, ça oui, mais à quoi lui sert sa pureté aujourd’hui quand elle va devoir inviter à voter pour une gauche de droite associée à une droite de droite ce qui, au total, légitimera un condominium de droites… Merci aux cinq compagnons de route antilibéraux du libéralisme, ils nous offrent sur un plateau le mariage du pire de la gauche, le Parti Socialiste, et du pire de la politique, le centre. Avec un score lilliputien , la gauche antilibérale réunie peut retourner à ses drapeaux rouges , à ses mégaphones, à ses banderoles, à ses autocollants, à ses bombes de peinture, à ses slogans, le MEDEF se réjouit, il a gagné : le prochain Président sera l’un des leurs…
Que faire comme disait l’autre ? On annonce un parti, le Parti démocrate – le PD, vraiment ? Ah, bon, le PD, va pour le PD…-, il réunira la droite et la droite du PS, autrement dit le PS. Tous les libéraux n’attendent que ça depuis si longtemps. Dégrisé des barricades, il y a si longtemps, ( n’est-ce pas André Glucksmann ? ), Daniel Cohn-Bendit , l’emblématique personnage passé du col Mao au Rotary – pour le dire dans les mots de l’excellent Hocquenghem…-, est devenu le nom d’une pléiade de renégats passés aux affaires qui souhaitent aujourd’hui justifier leur passage à droite avec l’onction d’un emballage de gauche, le PD à venir : « S’il vous plaît, pitié, bonnes gens laissez nous penser à droite, voter à droite, tout en croyant qu’on est restés fidèles à nos idéaux d’antan… ». Voilà leur credo depuis un quart de siècle. Ségolène va leur offrir ce cadeau, car elle est prête à payer le prix fort pour endosser le costume élimé de Jacques Chirac. Y compris le sabordage de ce qui restait de gauche dans le Parti Socialiste.
J’avais dit que je voterais à gauche si un second tour opposait Sarkozy à Royal, mais c’était Royal première manière. (Comme j’avais dit que je voterais Bové qui justifiait son entrée dans l’arène présidentielle par le projet de réaliser une union de la gauche antilibérale, jurant ses grands dieux qu’il ne serait pas un candidat de plus dans la gauche de gauche… Et je n’ai pas voté Bové, qui a trahi la promesse de réaliser cette union qu’il a contribué à défaire, parce que je suis resté fidèle à mon engagement, pas lui). Car Ségolène Royal deuxième manière n’a plus grand chose à voir avec la première. Je n’ai jamais voté à droite et si le PS consent à ce mariage, même s’il est de raison, je ne suis pas bien sûr de lui apporter mon suffrage. Le problème n’est pas de gagner à tout prix cette consultation électorale en payant le prix fort de son âme.
Mariée à Bayrou, Ségolène Royal peut espérer être Présidente de la République. La belle affaire ! Pour faire quoi ? Et avec qui ? Quel programme ? Avec pour demain l’emblème d’une rose blanche ? Quelle sera, au final, la politique de Ségolène Bayrou & de François Royal ? Celle de Sarkozy, l’épouvantail du personnage en moins ? Bayrou veut imposer ses conditions ; Royal ne les connaît pas encore, mais elle a déjà dit oui à toutes. Descendre les Champs Elysées sur l’aile de son tracteur ? Pas de problème… Aller à la messe avec lui le dimanche suivant les élections ? Pourquoi pas… Avaler les couleuvres cuisinées par l’ancien intime de Luc Ferry ? Oui… Pas très envie de manger de cette cuisine là.
Face à la menace de cette dictature du centre, devant ce risque de tyrannie libérale, je vais écouter, observer et réfléchir. Pas encore certain que je voterai pour un virage historique qui avaliserait le mariage du Parti Socialiste – selon le vœu de Fabius première manière, DSK de toujours, Rocard l’ancien, Kouchner l’aussi peu jeune, Allègre le subtil ou Besson nouveau style…- avec la droite giscardienne. La légèreté de la gauche antilibérale partie désunie au combat n’est pas pour peu dans cette déconfiture. Les libéraux, quoi qu’il arrive, ont déjà gagné. La gauche est morte. Enterrement la semaine prochaine ?

 

 

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