REPRESSION ... ACTION !

Publié le par ELECTRON LIBRE

Nous avons reçu cela :

Parole d'une Educatrice Spécialisée sur la crise des quartiers
  
  Pourquoi notre temps de réaction à nous militants, toutes tendances politiques confondues, a -t-il été si long entre l'electrocution de ces deux jeunes dans un transformateur pour échapper aux CRS, et la mi-novembre, date à laquelle on a "fini" par s'interroger?
  
  Et quand bien même, ces adolescents à peine sortis de l'enfance auraient-ils participé à un cambriolage, méritaient-ils cette mort abjecte?
  Nous savons pourtant ce que c'est qu'une charge de CRS, quoi que l'on ait fait ou pas fait, il reste la panique, on peut même se jeter sous les voitures ou dans la seine, tellement ça terrorise...Comment ne pas être traversés par l'image de ces deux gamins affolés, terrés dans le piège qui s'était refermé sur eux,avant que la camarde ne les fauche!
  
  Pourquoi avoir tant attendu pour réagir? C'est le symptôme d'une vraie cassure.
  
  Il n'est pas question de cautionner les agressions avec violence, la destruction des équipement collectifs bien entendu, mais cette révolte a surgi avec la force du désespoir, sans limite,balayant tout sur son passage, après avoir été contenue pendant des années entre humiliations et vies brisées. Ils se sont déchainé partout et contre tout, y compris leurs frères de misère en détruisant le peu qu'ils ont.
  Comment ne pas comprendre qu'il s'agit là de gestes autodestructeurs et suicidaires?
  Les militants "habituels" s'insurgent de ne pas les voir manifester une "conscience de classe" Où pourraient-t-ils l'acquérir? En luttant contre le patronat dans les boulots qu'ils n'ont pas, en lisant Marx? En écoutant les récits sur le salariat de leurs parents alors que l'on atteint la troisième génération d'inactifs, celle des enfants qui n'ont jamais connu un seul de leur parent ou grand parent au travail!
  Comment réagiraient-tils autrement, alors qu'ils sont pris entre l' étau de la loi de la jungle, et celui des quadrillages policiers?
  Après avoir massacré le secteur associatif, en supprimant les budgets à des professionnels qui menaient une action citoyenne en apprenant aux enfants la tolérance face à la différence, et constituaient ainsi un rempart contre le communautarisme, le sexime, vécu au quotidien par les jeunes filles, après avoir discrédité la Prévention Spécialisée, et les éducateurs, en prétendant leur action obsolète, après avoir affirmé qu'il faudrait davantage d'enfermement et de répression, on vient nous rechercher pour rétablir la paix sociale!Cette révolte est légitime, elle s'est manifestée par la violence car ils n'avaient pas de mots pour la dire. Au lieu de cela on parle d'interdire le rapp!
  La violence est pourtant la conséquence d'un déficit de mots, les politiques ne comprendraient-ils rien à rien? "Le nettoyage des cités au karsher", les propos tenus sur la polygamie, les discriminations quotidiennes envers les immigrés, le terme de "racailles"... N'est ce pas cette violence verbale là qu'il faudrait interdire? L'étincelle a été le mépris féroce de Sarkosy pour une population, à qui l'on supprime toutes les mains tendues, à qui l'on ne donne que des réponses pénales, dans un environnement vidé de sa diversité sociale depuis des décénnies.Mais tant qu'ils ne faisaient pas de bruit...
  A part les travailleurs sociaux, dernier lien social avant la relégation définitive, quel citoyen était en mesure de prendre la dimension de cette misère, de cet abandon?
  Les travailleurs sociaux ont un rôle à jouer,et la légitimité pour ce faire lorsqu'ils interviennent dans le domaine de la prévention : aller au devant de ces jeunes, des habitants des quartiers, les aider à reprendre la parole, à organiser des réunions publiques,à établir des revendications, à lutter efficacement et pacifiquement contre les discriminations qu'ils subissent.  
  A Rouen le couvre feu a été instauré le 9 novembre dans certains quartiers. La veille des hellicos équipés de projecteurs puissants sillonnaient les hauts de Rouen, pour repérer les émeutiers.on se serait cru en guerre!  Est-ce la dernière étape avant les miradors et les barbelés dans les cités? Tolèrerons nous qu'une partie de la population soit privée de ses droits et discriminée? Qu'elle fasse l'objet d'une justice expéditive?
  
  En tous cas à Rouen ça s'organise nous sommes premiers signataires (collectif 76 du social et médico-social), avec la LCR  et le collectif pour la défense des libertés fondamentales, du texte élaboré par la LDH au niveau national) Les associations et organisations se réunissent pour préparer une riposte contre l'état d'exception. Un rassemblement a eu lieu devant la prefecture ce 9 novembre à midi pour dénoncer les procès arbitraires, le non respect du droit de circulation, les lois d'exception. Une manifestation de protestation a rassemblé 150 pertsonnes. Des interventions ont eu lieu sur les marchés de différents quartiers pour aller à la rencontre des habitants, leur donner la parole, prendre note de leurs revendications.
  
  Dans un passé proche nous avons assisté à une criminalisation sans précédent du mouvement social, aux inculpations de syndicalistes et militants politique, puis est venu le tour des lycéens, aujourdh'ui c'est celui des jeunes de banlieues et demain? L'état d'urgence c'est la fin des réunions publiques, la fin de la liberté d'organisation, d'association, les atteintes à la culture, à la liberté d'expression.
  
  Ca n'est pas lorsque nous serons privés de tout moyen de résistance que nous pourrons nous faire entendre, alors continuons le combat!

 ... Cool...


 

 

 

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