Premières réflexions sur l'assassinat d'un salaud
De J.P Dacheux :
" Premières réflexions sur l'assassinat d'un salaud
Sadam Hussein a donc été éliminé du monde des vivants.
Il est des matins où l'on ne sent pas fier d'être un homme. Nous sommes,plus que jamais, dans un monde où l'on tue. Légalement. Où l'on pend. Par le cou. Jusqu'à la mort. Avec l'approbation formelle ou tacite de Chefs d'État.
C'était un tueur, un monstre, un dictateur féroce, un salaud... La belle affaire! Il va falloir user bien des cordes pour suspendre, à je ne sais quelles potences, les frères en inhumanité de cet individu qui fut reçu, ici, en Europe, avec faste, flatté là, aux USA, parce qu'il était le maître de richesses pétrolières inouïes, encouragé aussi, sans état d'âme, pour sa guerre épouvantable faite à l'Iran...
Cette mort ignoble d'un ex "Grand" qui ne mérite en rien de devenir une victime, est, hélas, symbolique! Sadam Hussein, au lieu d'être enterré dans l'oubli et l'anonymat, va continuer son désastre. Que ses partisans cherchent ou non à le venger n'est pas l'essentiel. L'essentiel est politique.
Les Américains ont chassé, poursuivi, capturé, humilié, détenu et livré un chef d'État qui n'aura pas rendu compte de la totalité de ses crimes. On masque une partie de l'histoire sordide du Moyen Orient où les États occidentaux n'ont pas été les derniers à se livrer à des horreurs. On a fait taire une voix qui pouvait encore révéler que nombre de ses méfaits ont été approuvés par ceux-là qui le poursuivaient de leur haine.
Il n'est pas loin le temps où Sadam Hussein était considéré comme l'alphabétiseur de son peuple et le tenant respecté d'un État laïque! Est-ce que tous ceux qui l'ont encensé, parmi lesquels nombre de personnalités françaises, vont faire amende honorable et dire que, oui, elles se sont trompées et que ce Raïs était un boucher aux ordres de qui travaillaient des cohortes de bourreaux?
Sous ce meurtre cynique se cache une conception des pouvoirs qui rend bien fragiles les idéaux démocratiques. Nous traversons des temps d'autant plus désespérants que nous connaissons les enseignements de l'histoire : le crime ne répond jamais efficacement au crime. Brutale et écœurante fin d'année...
En arriver à faire plaindre l'un des pires tyrans du précédent siècle à quelque chose de délirant et de pervers. Autour de Sadam Hussein s'agrègent tous les échecs : ceux de Bush et ses soutiens, de Blair et ses suiveurs, du gouvernement mis en place par la force qui, décidément, ne maîtrise rien
sinon la longueur de la corde d'un pendu.
La rage impuissante qui envahit, aujourd'hui, l'esprit de ceux qui cherchent un mieux vivre sur Terre ne sera féconde que si l'on parle haut et fort. Là où la peine de mort est pratiquée, crions-le, la démocratie ne peut
s'épanouir. Que l'Europe, et la France en Europe, bannissent cette barbarie est à défendre, de toutes nos forces. Sans hypocrisie, car la reconnaissance du pouvoir irakien et de sa liberté d'administration ne peuvent être mises en avant. Il n'y a pas d'exception, en Chine, au Japon, aux USA ou en Irak :
le meurtre légal est un crime contre l'humanité.
La lutte contre la peine de mort est devenue mondiale. Elle engage notre conception même de la vie en société. Nous valons plus que chacun des assassins. Nous ne saurions leur ressembler. Nous avons un autre monde à bâtir, et si c'était impossible, mieux vaudrait le quitter sans regrets..."
Jean-Pierre Dacheux
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